Billet 2

L'équipe de la Compagnie de l'Aune partage le deuil des dix-sept personnes tuées ces derniers jours, toutes victimes d'une même barbarie ayant touché tout autant des intellectuels, des citoyens de confession juive et des policiers. Par leur mort, les libertés de conscience, d'expression et de création ont été atteintes. 

Ces dessinateurs et journalistes donnaient du jeu à une société prise dans des contradictions, en attaquant l'ultra-libéralisme et ses discours lénifiants, tout autant que l'intégrisme religieux. Par le rire qu'ils provoquaient, ils représentaient et représentent encore ce qu'il y a de plus précieux dans notre société. Des caricatures et des dessins de presse ont été visés parce qu'ils apportent du relief au réel, alors que l'acte terroriste "éteint toute utopie" (pour reprendre une expression de Claude Régy) : il aplanit tout, nie le langage, la représentation et le possibilité même de vivre ensemble.
Plus que jamais nous avons besoin du geste artistique, des rencontres qu'il suscite, des mouvements qu'il provoque et de l'épanouissement qu'il crée.