Billets de akikodomeyrat

Carte Blanche - Un passé imprévisible

Vendredi 1er février 2019 - Carte Blanche du Conservatoire à Rayonnement Régional de Boulogne

Proposer à de jeunes compositeurs de s'approprier des instruments anciens n'est pas une démarche anecdotique. Elle est en lien avec une posture récurrente de notre histoire musicale. Il suffit de rappeler pour l'exemple la naissance de l'opéra, liée à un retour à l'Antique, et dont la figure d'Orphée condense l'enjeu (depuis L'Orfeo, favola in musica - Claudio Monteverdi : premier grand modèle de l'opéra, créé en 1607). Orphée, par son chant, rencontre jusqu'à la mort. C'est la musique qui le lui permet.

Les instruments anciens ne sont que... des instruments. Non utilisés, ils sont morts. Utilisés, ils ne vivent que d'être réinventés. Et dans le cas des instruments anciens, la réinvention est incontournable : soit on cherche une beauté parmi son répertoire lointain, en tâchant de lui faire traverser les siècles jusqu'à nos oreilles, soit on compose des oeuvres nouvelles. Réinventer des instruments, c'est réinventer des mains : celles qui les utilisent. Et réinventer les mains, c'est réinventer la pensée.

L'enjeu de composer pour ces instruments est donc d'actualité immédiate : soit on les réinvente, à coups de pensée, soit ils meurent de ce que l'on n'aura pas su les rencontrer à nouveau.

La figure d'Orphée (et les différentes lectures qui en ont été faites) agit à ce sujet comme un aiguillon : n'y a-t-il pas le risque qu'à vouloir rencontrer un amour du passé on en renforce la disparition ? N'y a-t-il pas le risque de le renvoyer une seconde fois dans les limbes ? A cela, il y a une réponse : tant qu'il y a pensée musicale, il y a vie.

Miguel Henry

 

Programme:

-Idyll1 1 (Ryouhei Hirose)

- De l'obstination (Benjamin Attahir), Chanson feray (13ème siècle, revisité), Spagna (Diego Ortiz, revisité)

-Tocchata (Francesco C. da Milano)

-Etudes pour luth (Karl Naegelen)

-1:52 am (Mansour Aoun)

-Ode 2 (Ryouhei Hirose)

-Médicament 1 (Miguel Henry)

-Secourez-moi (Claudin de Sermisy), Amnios imaginaires (François Toprak)

-After Daek-geum (Farnaz Modarresifar)

-Les Doigts du soleil (Christopher Fox)

Le Loup de Dôle

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La marionnette du Loup du projet de la Résidence Educative Artistique et Culturelle du Cortège d'Orphée dont la Compagnie de l'Aune est compagnie associée.

C'est la plasticienne Julia Brochier qui l'a conçue et elle a été réalisée par les élèves de l'école Pointelin de Dôle.

Il ira sur scène en avril, c'est bientôt!!!

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Billet 2

L'équipe de la Compagnie de l'Aune partage le deuil des dix-sept personnes tuées ces derniers jours, toutes victimes d'une même barbarie ayant touché tout autant des intellectuels, des citoyens de confession juive et des policiers. Par leur mort, les libertés de conscience, d'expression et de création ont été atteintes. 

Ces dessinateurs et journalistes donnaient du jeu à une société prise dans des contradictions, en attaquant l'ultra-libéralisme et ses discours lénifiants, tout autant que l'intégrisme religieux. Par le rire qu'ils provoquaient, ils représentaient et représentent encore ce qu'il y a de plus précieux dans notre société. Des caricatures et des dessins de presse ont été visés parce qu'ils apportent du relief au réel, alors que l'acte terroriste "éteint toute utopie" (pour reprendre une expression de Claude Régy) : il aplanit tout, nie le langage, la représentation et le possibilité même de vivre ensemble.
Plus que jamais nous avons besoin du geste artistique, des rencontres qu'il suscite, des mouvements qu'il provoque et de l'épanouissement qu'il crée.

Estampes / Fragments

Vu l'exposition Hokusai au Grand Palais cet après-midi.

Il touche l'âme du spectateur lorsqu'avec une apparence de légéreté, voire de futilité, il se saisit d'une figure presque obligée (une branche de prunier, un moineau, une rivière). La place laissée au vide de la représentation, à ce qui permet un aplat de couleur du ciel, l'expressivité de la matière (la trame de bois d'une estampe par exemple) crée le vertige tragique.

Il y a du renoncement à la tentation de tout connaître. C'est pourquoi ses cahiers d'entomologiste ne restent que des curiosités et témoignent de la curiosité de Hokusai pour l'analyse.

03/01/2015

Le poids de la grâce

L'erreur : chercher des justifications parce qu'on voudrait tant se faire comprendre.

La beauté se laisse saisir seule.

Pour la créer : fouiller, polir.

Elle est si souvent dans le creux, dans le creuset. Comme un liquide précieux au fond d'un bol en bois, de l'or fondu dans un récipient rustique.

Je la rêve apparaissant par hasard, délestée de toute volonté.

C'est pour cela que j'apprécie tant l'improvisation, parce que chaque trouvaille ressemble à une pépite tant elle était inespérée et parce que tous les "acteurs" ont participé à sa naissance. Mais ce joyau brut a besoin d'être façonné et pour cela que de sueurs versées! Il faudrait devenir la marionnette de Kleist, accomplir une révolution intérieure, faire le tour du monde pour retrouver cet état de grâce...avec sa pesanteur.

Peut-on espérer qu'au bout du compte le rocher de Sisyphe finira pas n'être plus qu'une bille?

billet 4

Le premier spectacle créé par la Compagnie de l'Aune (La Belle et la Bête, en 2009) contient les principaux éléments constitutifs de notre goût pour la création de spectacle jeune public. Dans ce spectacle, deux personnages porteurs d'une curiosité enfantine découvrent un grenier dont les objets suscitent le jeu, l'émerveillement et le questionnement. Ce qu'ils découvrent notamment, c'est un livre contenant l'histoire de la Belle et la Bête. Et découvrant l'histoire, c'est un rapport au temps, à la mémoire, à ce qui relie les personnes entre elles, c'est un rapport à la promesse ou encore à la sincérité qu'ils rencontrent. 

Nous sommes dans une situation similaire lorsque nous tâchons de donner vie à des répertoires anciens : un travail de mémoire, un effort pour nous relier à des femmes et hommes du passé et la promesse de donner un témoignage juste de leur message. 

Aborder aujourd'hui des répertoires anciens, chorégraphiques, littéraires ou musicaux, peut paraître le fait d'érudits attirés par des sujets très spécialisés. Pour nous, il s'agit plutôt de rencontrer des expressions a priori lointaines (puisque datant de plusieurs siècles) mais avec lesquelles nous avons très tôt éprouvé une grande familiarité, et ce avant même d'en être devenu des spécialistes. C'est ce contraste entre étrangeté et familiarité qui nous semble fondamental et particulièrement approprié aujourd'hui de transmettre aux enfants.

Les répertoires anciens ne sont par seulement une « terre éloignée », ils font partie de notre histoire commune et, dans tous leurs contours, offrent un éclairage important sur notre monde.

Créer des spectacles jeune public est certes un plaisir du jeu : transformer une guitare en cheval, ouvrir un coffre qui renferme de multiples trésors, faire naître un personnage sous les yeux du spectateur,... que de plaisir ! Mais c'est aussi placer au cœur de la création un rapport sensible fondamental, dont l'érudition ne suffit pas à justifier la présence. Il y a là une exigence qui à nos yeux donne un sens plus profond à notre démarche, car il s'agit justement d'offrir à ces répertoires une présence forte aujourd'hui. 

Jouer ces répertoires, c'est toujours faire un pas de côté par rapport à un contexte actuel donné. Il est alors important de faire un nouveau pas, qui nous entraîne vers la création d'un contexte neuf. Ce nouveau pas, c'est celui qui nous porte vers un public, et la spontanéité, l'inventivité, la porosité entre mondes « réels » et « imaginaires » rencontrées chez les enfants nous incitent à être vraiment présents ici et maintenant. Il s'agit là d'un pari, celui de relier la sensibilité d'enfants du 21ème siècle avec celle des 16ème, 17ème et 18ème siècles. Il s'agit de créer du lien, et le construire sur une compréhension mystérieuse, sensible, multiple, en un mot vivante !

06/02/2015